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Les déchets, ce fléau pour l'environnement

Chaque année en France, et bien que ce chiffre tend à baisser, un ménage produit en moyenne 354 kilogrammes d'ordures. Cela n'inclut pas les déchets verts, ni les déchets des collectivités, de l'industrie et des activités économiques en général. Mis bout à bout, puisque les ménages profitent de l'activité de ces autres acteurs, c'est 13,8 tonnes de déchets produits par habitants chaque année. Ce chiffre est à prendre avec des pincettes puisque certaines activités économiques ne concernent pas certains ménages, c'est pourquoi il semble plus intéressant de ne garder que le chiffre des déchets ménagers.

Parmi ces déchets, 20% seulement sont recyclés, 14% sont utilisés en compost et en engrais, 30% sont incinérés, et 36% mis en décharge.

En 2010, la pollution plastique mondiale s'élevait à 275 millions de tonnes. On estime que parmi ces déchets plastiques, 10 millions de tonnes se sont retrouvées dans les eaux. Les législations dans de nombreux pays développés tendent à réduire le nombre de déchets qui ne sont pas stockés ou détruits de manière sécurisée ou simplement recyclées. Mais ces législations ne sont pas forcément appliquées par les particuliers, voire par les entreprises, et surtout il n'existe pas de législation mondiale qui soit rigoureusement appliquée par tous les pays concernant la gestion des déchets, bien qu'il y ait une volonté de certains pays depuis les 60 dernières de construire des projets écologiques globaux. Ainsi, certains pays participent beaucoup plus à la pollution marine par le rejet de déchets plastiques dans les mers. Mais de manière générale, tous les pays ont des pratiques polluantes, et un simple surengraissage d'un champ agricole peut, au cours des ans, mener à la mort d'un écosystème marin (voir l'article sur le cycle de l'eau, de l'azote et du carbone).

Les "continents de déchets"

En 1997, Charles J. Moore, au retour d'une course de voile entre Los Angeles à Honolulu découvre dans le Pacifique Nord un large espace marin où il ne rencontre aucune vie, seulement des agglomérats de plastique. De gros morceaux liés entre eux par une multitude d'infimes morceaux. Ces agglomérats sont très étendus mais ne dépassent pas la surface de la mer et sont évidemment translucides de par la matière dont ils sont constitués, il est ainsi impossible de les voir lors de la cartographie par satellites, il faut être sur place pour pouvoir les observer. C'est pour cette raison qu'il a fallu autant de temps pour découvrir cette zone océanique de déchets : la route empruntée par Charles J. Moore était et reste peu fréquentée, bien qu'en 2011 et 2013 des expéditions scientifiques furent organisées pour étudier l'impact de ce continent de déchet sur la diversité biologique marine, sa composition etc. En 2015, l'expédition Race for Water organisée pour faire connaître au grand public la pollution marine y établit une de ses étapes. 

Mais ce "continent" n'est pas le seul : depuis 1997, on a découvert qu'ils sont en vérité au nombre de 5. Ils correspondent aux grands vortex océaniques. Les déchets voyagent dans la mer sous l'effet des vents et des courants jusqu'à être piégés dans ces vortex, provoqués par l'effet de gravitation et de la force de Coriolis. Une fois engagés dans ces gyres (le nom de ces vortex), ils y sont bloqués et s'agglomèrent. Les cinq gyres majeurs se situent dans le Pacifique Nord, dans le Pacifique Sud, dans l'Atlantique Nord, dans l'Atlantique Sud et dans l'Océan Indien. Il existe également une multitude d'autres gyres moins intenses et couvrant des zones beaucoup moins étendues, et il est très probable de nos jours de trouver des déchets plastiques agglomérés dans tous les vortex, étant donnée la quantité de déchets qui sont jetés dans les mers et les océans. Ces zones sont composées en majorité de déchets plastiques, car ils sont légers (nous nous intéresserons à la pollution des fonds marins ultérieurement dans l'article) et se décomposent très lentement.

Des analyses scientifiques menées sur les agglomérats présents dans le gyre Pacifique Nord ont montrées que dans cette zone, la masse de plastique était de 5 à 6 fois supérieure à la masse de zooplancton. Ainsi, ce qui constitue la nourriture de nombreuses espèces est présent en des quantités bien moindres que le plastique. Ces analyses ont été menées dans le début des années 2000, et bien que nous manquions actuellement de données scientifiques, on sait que ces "continents de déchets" ont vu leur masse augmenter. L'écart est donc de nos jours encore plus élevé.

De plus, en se décomposant, ces déchets changent de forme, mais leur composition chimique ne change pas. Il faudrait plusieurs siècles à plusieurs millénaires (selon les plastiques, et la tendance va à des plastiques qui se décomposent très lentement car leur production est moins coûteuse et ils sont plus résistants) pour qu'ils se décomposent totalement. Ainsi, ils se retrouvent sous forme de particules de plastique, que les animaux marins confondent avec leur nourriture. La biomasse (la masse des organismes vivants) diminue ainsi considérablement et rapidement, tandis que la masse des déchets augmente et s'étend. La biomasse diminue notamment à cause de la toxicité des plastiques ingérés, mais aussi car ces plastiques ont tendance à fixer les polluants atmosphériques beaucoup plus efficacement que les autres matériaux. Par exemple, le DDT, un produit chimique qu'on trouve dans de nombreux insecticides, est plusieurs millions de fois mieux concentré dans les polymères (sortes de plastique) que dans les autres matériaux. Non seulement cela pollue les eaux environnantes, mais de plus les animaux marins ingérant ces plastiques ou même simplement fréquentant ces eaux sont contaminés. Par le jeu de la chaîne alimentaire, ces polluants sont ainsi transmis dans un nombre conséquent d'organismes, et souvent jusqu'à l'homme. On estime qu'environ 300 espèces sont directement et à court terme menacées d'extinction par ce seul phénomène. Mais à plus long terme, ce sont des millions d'organismes appartenant à des milliers d'espèces qui pourraient être menacées.

L'effet de cette pollution n'est donc pas localisée de par les effets de la chaîne alimentaire, de la diffusion des polluants dans l'eau et dans l'air, mais également de par certains courants qui s'échappent de ces gyres, entraînant avec eux certains déchets, les propageant dans d'autres zones où ils ne sont plus nécessairement concentrés. Ils en deviennt donc d'autant plus dangereux car il est encore plus coûteux de les enlever et sont moins repérables. En effet, il existe des solutions pour pallier à ces déchets plastiques. La plus pratiquée pour les déchets diffus est la récupération par bateaux, mais elle est également très coûteuse, même quand les déchets sont agglomérés. Récemment, le projet "The Ocean Cleanup" comptait utiliser les courants marins pour apporter les déchets sur des plateformes marines dédiées à la dépollution. Il ne nécessite que la mise en place de barrières visant à guider les déchets vers ces plateformes. Il a été testé avec succès en 2015 dans les eaux de l'île de Tsushima, en 2017 dans la Mer du Nord, et doit être appliqué au vortex de déchets du Pacifique Nord courant 2018. C'est une des solutions les moins coûteuses et les plus faisables dans l'état actuel des choses.

La pollution des fonds marins

La plupart des déchets voient leur temps de dégradation considérablement réduit en présence d'oxygène, de lumière et de chaleur. Lorsqu'ils sont présents en fortes quantités, un déchet organique, par exemple, peut être dégradé en quelques heures ou jours selon sa taille, alors qu'il lui faudrait beaucoup plus longtemps sans oxygène, sans lumière et sans chaleur (bien qu'un milieu totalement privé de ces trois choses n'existe pas sur Terre). C'est une des raisons pour lesquelles on conserve les aliments dans des endroits sombres. Mais cela fonctionne également pour les métaux, les plastiques, les bois etc. Non seulement la lumière et l'oxygène agissent sur la structure moléculaire des déchets (et des matériaux en général), mais quand on parle de déchets organiques, ils favorisent le développement de la vie, et notamment de micro-organismes qui vont aider à la décomposition. Ces micro-organismes sont souvent anaérobies (ils n'ont pas besoin d'oxygène pour vivre, certains en produisent même en absorbant le dioxyde de carbone CO2 ou d'autres éléments).

On voit alors quel problème cela pose lorsqu'on parle de pollution sous-marin : au fond des océans, l'oxygène est rare, la lumière et la chaleur réduites à des quantités très faibles. Cela augmente considérablement le temps de décomposition des déchets qui s'y trouvent. Comme on s'en doute, ces déchets sont lourds et inorganiques, principalement constitués de plastiques et de métaux, qui ont déjà en surface un temps de décomposition très long. On trouve aussi sur le plancher marin du bois, du tissu, et d'autres types de déchets, mais il faut bien insister sur le fait que la grande majorité des déchets sous-marins sont à base de métal et de plastique.

Si l'on se place à l'échelle géologique (donc sur des centaines de millions d'années), ces déchets ne sont pas dangereux pour la vie. Les formes de vie s'adaptent à ces déchets et leurs effets, comme elles se sont déjà adaptées aux conditions extrêmes qui sont celles des fonds océaniques. Ainsi les déchets peuvent devenir un habitat pour des espèces marines. Leur dégradation (certes extrêmement lente en comparaison de ce qu'on observe à la surface) peut également produire des gaz et éléments qui favoriseront le développement voire l'apparition de certaines formes de vie, déjà existantes ou non. Mais au vu de la rapidité et de l'intensité de la production des déchets et de la pollution qu'ils engendrent, le phénomène pourrait être comparable à ceux qui se sont produits lors des précédentes extinctions de masse dans ses résultats à court terme. Le développement de la vie en elle-même est certes important, mais cela n'aurait aucune importance pour nous si l'espèce humaine devait s'éteindre faute de ressources ou en ayant trop modifié son environnement au point qu'il n'est plus vivable pour elle.

La pollution des fonds marins est d'autant plus dangereuse qu'elle est difficile à enrayer. En effet, il nous est pour l'instant impossible de récupérer en grande quantité des déchets enfouis à plusieurs kilomètres de la surface. Et il est également compliqué de récupérer les déchets enfouis à quelques mètres de la surface sans nuire considérablement aux espèces évoluant dans ces milieux ou à leurs habitats. L'exemple de la rade de Toulon est à cet exemple très parlant. La solution à long terme la moins coûteuse est donc de recycler nos déchets, ou à défaut de tout faire pour leur éviter de se retrouver à l'eau par l'usage de décharges. Malheureusement, si elles sont très réglementées en France, nous ne pouvons pas empêcher d'autres pays de déverser leurs déchets dans les océans, ni traquer chaque citoyen pour qu'il respecte consciencieusement les prescriptions liées à la protection de l'environnement


Voilà qui conclut cet article sur les déchets dans le milieu maritime, et par la même occasion notre section sur l'introduction à l'écologie. Si vous êtes en possession d'images ou de vidéos illustrant les déchets en milieu maritime (nous recherchons particulièrement des vidéos libres de droit des planchers sous-marins), nous serions reconnaissants que vous nous les communiquiez à l'adresse suivante : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser..

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