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La mer, l'Homme et ses moyens de la dompter

Le but de cet article est d'offrir une vue d'ensemble de l'évolution des techniques de navigation. Néanmoins, nous allons couvrir une période de plus de 10 000 ans, on se doute que les évolutions seront énormes, tant dans la temporalité que dans la spatialité. Nous nous bornerons donc au monde méditeranéen et aux civilisations qui ont été en contact certain avec lui, et nous ne pourrons que survoler les grandes civilisations de cette partie du monde finalement assez réduite. Chaque peuple ayant navigué, et il en existe beaucoup plus que les quelques uns que nous aborderons, mériterait pour lui seul un article complet. Mais nous ne voulons pas ennuyer le lecteur avec des dizaines voire centaines d'articles. Encore une fois toute cette section ressource est pensée comme une introduction, et il n'est nul besoin de comprendre toute la culture d'un peuple et de lister l'ensemble de leurs techniques pour comprendre comment des pirogues pourvoyant à la survie de toute une tribu côtière nous en sommes venus à pratiquer le ski nautique pour le plaisir.

La Préhistoire et l'Antiquité

Il semble que de tous temps la mer a passioné les hommes. On retrouve des traces archéologiques de représentations de navires à voile en Mésopotamie dés 4 000 avant Jésus-Christ. On imagine donc que la navigation à rames est encore plus ancienne. Et effectivement, on peut dater la construction de pirogues, et autres embarcations construites à base de troncs d'arbres évidés, à partir du Néolithique, soit environ 9 000 ans avant Jésus-Christ. Il semble que ces pirogues s'accompagnent déjà d'une quille, ce qui laisse à penser que les embarcations de type radeaux étaient déjà connues bien avant. Il est difficile en revanche de dater même approximativement l'apparition des voiles. À notre niveau, qu'il suffise de dire que notre espèce pratique la navigation depuis bien longtemps.

On retrouve aussi des traces de navigation dans l'Égypte antique. Le Nil, alors source importante de la prospérité de cette civilisation de sa naissance (environ 3 000 ans avant Jésus-Christ) à sa chute (date discutée, selon qu'on considère le démantèlement de l'empire égyptien en Afrique, la conquête de l'empire par Rome, certaines mutations sociales etc.), permet aux égyptiens de se déplacer et donc d'acheminer céréales et marchandises bien plus rapidement. L'innovation principale de cette navigation est le développement du bordage cousu. Les constructeurs cousent des planches ou plus rarement des plantes tressées afin d'éviter les entrées d'eau. L'idée n'est probablement pas nouvelle, mais elle devient à cette époque systématique (en tout cas pour cette partie du monde) et est appuyée par de nouvelles techniques. Non seulement elle favorise la sécurité des navigateurs, mais elle permet également d'augmenter la capacité de fret. Au fur et à mesure, les techniques s'amélioreront, augmentant encore cette capacité. Il est à noter que ces embarcations sont déjà équipées de voiles, bien qu'entre la naissance et la chute de la civilisation égyptienne il soit difficile de décrire précisement l'évolution des techniques. On sait que le Pharaon Sésostris III, qui régna vers le IIe millénaire avant Jésus-Christ, avait entrepris la construction d'un canal entre la mer Méditerrannée et l'Océan Indien, ce qui laisse à penser que les égyptiens à cette époque maîtrisaient aussi la navigation en mer. Pendant le millénaire suivant, il est tout-à-fait probable que les égyptiens aient parcouru les côtes africaines et de la péninsule arabique. Hérodote prétendit même qu'ils effectuèrent la circumnavigation de l'Afrique, ce qui n'est pas improbable.

Le cycle troyen, racontant la guerre de Troie, et qui participa de plusieurs auteurs grecs, montre que déjà, à la date à laquelle on estime que les événements racontés ont pu se dérouler (grossièrement, le IIe siècle avant Jésus-Christ), les flottes de guerre étaient utilisées, combinant voiles et rameurs. Malgré la dimension mythique du récit, on peut déduire qu'il y a environ 4 000 ans, la construction de navires pouvant transporter plusieurs dizaines d'hommes, leurs provisions, des armes et des machines de guerre était déjà courante et bénéficiait de certaines techniques permettant une sécurité suffisante des voyageurs, au point que beaucoup prirent la mer et débarquèrent avec succès.

De façon plus concrète et vérifiable, on peut mentionner les phéniciens, fameux marins (principalement des marchands) de l'Antiquité, qui parcourèrent toutes les côtes méditerrannéenes. Originaires de l'actuelle région du Liban (approximativement, les phéniciens ne formèrent que tardivement un peuple plus ou moins uni), les principales informations que nous détenons à leur sujet nous viennent des grecs. Mais ce qui nous intéresse ici est leur capacité, presque un millénaire avant les grecs, à prendre la mer et fonder massivement des colonies aussi loin que sur les côtes du détroit de Gibraltar, et même un peu plus loin sur les côtes atlantiques de l'Espagne actuelle, bien que la plupart de ces colonies tombèrent plus ou moins rapidement sous la coupe de puissances locales. Ce sont donc des marchandises, des matériaux et des hommes qui voyagent tout le long des côtes à bord de voiliers à rames, ce qui nécessite des techniques de construction et de navigation qui n'ont rien à envier à ce qui se fait encore en Europe vers l'an mil. Le

Lors de l'essor de la Grèce Antique, au cours du Ier millénaire avant Jésus-Christ, de nombreux auteurs nous rapportent les batailles navales qui déjà prenaient une place importante dans la guerre. Les plus célèbres sont peut-être celles qui eurent lieu tout le long de la guerre du Péloponnèse au cours du Ve siècle avant Jésus-Christ. Sans entrer dans les détails, la coalition menée par Athènes contre la coalition menée par Sparte obtint de nombreux succès navaux. Certaines batailles dénotent une stratégie qui nécessite des navires très agiles, qui peuvent virer rapidement, naviguer avec très peu de tirant d'eau sur des canaux très étroits, tout en étant assez armés pour tenir un front à des endroits avec plus de fond. La plus ancienne bataille navale dont nous ayons des traces sûres remonte à - 1210 (à quelques années près), et oppose Chypre à l'empire hittite, occupant alors l'Anatolie et tout le Proche-Orient.

Les phéniciens et les grecs ont beaucoup bénéficié des avancées égyptiennes, tant en matière maritime que culturelles, religieuses, économiques, littéraires etc. Néanmoins, leurs embarcations sont sensiblement différentes. Ainsi, les phéniciens utilisent des bateaux de forme arrondie, là où les grecs utilisent généralement des embarcations plus étroites et longues. Mais ces civilisations sont millénaires, portent plusieurs cultures en leur sein (bien qu'on puisse parler de panhéllenisme, c'est-à-dire grossièrement l'unification du monde grec, assez rapidement, des cités aussi proches que Sparte et Athènes auront des moeurs et des techniques assez différentes), on ne peut donc cantonner leurs techniques de navigation à un seul type de bateau.

Les romains, dernière grande civilisation de l'Antiquité dans le monde méditerranéen et qui par son envergure, sa volonté de conserver les techniques et les cultures en les assimilant, est peut-être la plus importante civilisation pour le sujet qui nous concerne, donne une bonne mesure de ce qu'est la navigation dans l'Antiquité. En effet, dés les débuts de la République romaine en - 509, Rome vise l'hégémonie maritime. Les conflits avec les carthaginois, peuple très influent sur les côtes à cette époque, en sont une bonne preuve. Ils bénéficèrent des avancées de tous les peuples qu'ils ont soumis, particulièrement des grecs, mais également des civilisations plus éloignées. Leur flotte se diversifie donc plus au cours des quelques siècles d'hégémonie totale de Rome sur le monde méditeranéen que des civilisations plus anciennes et ayant prospérées plus longtemps. Ils parcourent les fleuves, les côtes méditerranéennes, les côtes européennes atlantiques, les côtes de la Grande-Bretagne actuelle, mettent en place des routes maritimes nouvelles, embarquent de puissantes machines de guerre, de nombreux hommes, développent un commerce régulier entre les différentes régions de leur empire... La façon même dont est organisée la guerre lors de la République et des premiers siècles de l'Empire ne permet pas une véritable unicité des flottes de guerre et des équipements des fantassins. Les propriétaires les plus riches lèvent évidemment des hommes et des bateaux mieux équipés que ceux possédant moins de moyens. Néanmoins, les techniques sont rapidement communiquées grâce à la centralisation de l'État romain, et lorsque Rome acquérera des finances solides par l'aggrandissement de son territoire, une bureaucratie puissante et centralisée, et surtout les butins de guerre (qui atteinrent des sommets tels que vers la fin de la République, tous les citoyens de Rome, et à cette époque la plupart des habitants de la ville sont citoyens, sont dispensés de l'impôt, ce qui correspond à plusieurs centaines de milliers de personnes), l'armée passera sous la coupe quasiment unique de l'administration et trouvera une véritable uniformité, telle qu'on trouve dans les armées des États modernes puissants. À l'apogée de l'Empire, si la fidélité des généraux n'est jamais chose certaine, les traditions martiales, les techniques de construction navales, les équipements autant à terre qu'en mer, tout cela fait l'objet d'une organisation et d'une puissance telles que les États modernes européens s'en sont largement inspirées à partir du XVe siècle (tout du moins, en ce qui concerne les flottes, car l'inspiration puisée chez les romains par les États européens débute dés la chute de l'Empire d'Occident).

Le Moyen-Âge

L'Empire Romain exerçait une influence culturelle, politique et militaire conséquente sur les territoires qu'il occupait. Il transportait avec lui les traditions, les mythes, les cultures, les techniques et les connaissances des peuples qu'il avait conquis au fur et à mesure, avec une administration et une comptabilité efficaces. La chute de l'Empire d'Occident mena dans beaucoup des régions qu'il occupait à une perte de tous ces savoirs. Si l'Église catholique romaine, puis les prétendus successeurs de l'Empire (Syagrus, Charlemagne et ses successeurs, mais également les musulmans pendant leurs conquêtes massives et même jusqu'aux Ottomans) et la Reconquista permirent de retrouver une certaine partie de ces savoirs en Europe chrétienne, on assiste pendant plusieurs siècles à une période beaucoup moins intense de combats et de transports navaux pour cette partie de l'Europe. Ce qui expliquera notamment la crainte des Vikings, tant marchands que guerriers.

Néanmoins, l'Empire Romain d'Orient gardait encore ces traditions, et les invasions musulmane à partir du VIIe siècle ne menèrent pas à une perte de ces savoirs. Au contraire, les rivalités de l'Empire d'Orient avec les perses puis les musulmans à l'Est, et les menaces que représentaient les différents royaumes catholiques ou païens bordant la partie occidentale de l'Empire, menèrent à l'acquisition d'une armée et d'une marine plus puissantes, mieux organisées, avec de nouvelles infrastructures et techniques de construction, tant chez les musulmans que les romains d'Orient.

Si les invasions musulmanes ont remis en question l'hégémonie des romains sur la Méditerranée, un autre peuple va développer une forte tradition navale. Les peuples scandinaves développent vers le VIIIe-IXe siècle des embarcations aux grandes capacités de fret, capables de naviguer si bien sur les côtes que sur les fleuves et même en haute mer. La colonisation de l'Islande, d'une partie du Groenland, le commerce tout le long des fleuves européens jusqu'en mer Noire, les pillages tant en Méditerranée que sur les côtes françaises et anglaises, les invasions de l'Angleterre, tout cela démontre une grande connaissance de la navigation chez un peuple que jusque là on ne considérait que comme des païens barbares en Méditerranée, et qui garderont cette image jusqu'à leur christianisation. Si l'on pense aux fameurs drakkars lorsqu'on parle de vikings, ce n'est en fait qu'un terme générique portant sur plusieurs types de bateaux menés par les peuples scandinaves. Ils se ressemblent toutefois esthétiquement parlant, et même dans leur architecture générale, ce qui mènera à leur confusion en un seul terme générique. Les deux grands types de navires scandinaves sont les langskip, qui se divisent en plusieurs sortes selon leur taille, visant l'acheminement de troupes et se permettent donc un grand équipage, dont la grande partie va ramer avant de prendre les armes à terre, et les kaupskip, eux aussi divisibles en plusieurs types selon leur taille, avec un équipage très réduit, se mouvant grâce à leurs voiles, et étant dédiés au transport de marchandises. Dans ces deux grands types, on trouve des embarcations dédiées à tel ou tel type de navigation (fluviale, maritime ou côtière). Mais la particularité de ces embarcations est d'être pensées afin de pouvoir naviguer sur tous les environnements rencontrés selon les contraintes ou les besoins. Ainsi les navires qui pillèrent le nord de la France actuelle étaient aussi capables de remonter la Seine, de débarquer et rembarquer les hommes et les butins, puis d'aller jusque dans les possessions scandinaves en Angleterre.

Si l'on a jusqu'ici assez peu parlé des types d'armements des navires au cours de l'histoire, il est un type d'armement dont il convient de parler tant il a permis de renverser le cours de nombreuses batailles qui semblaient déjà perdues. Généralement, l'armement des bateaux est constitué des armes de leur équipage. On lance donc souvent des lances ou des flèches, parfois enflammées, pour fragiliser les bateaux et réduire la menace que présente l'équipage adverse. On peut aussi embarquer des armes dédiées au siège pour bombarder les navires ennemis, mais ces techniques sont généralement peu efficaces. Les grecs aimaient à attirer les navires adverses près d'endroits stratégiques où attendaient de nombreux hommes armés qui n'avaient plus qu'à tirer sur les équipages, ou encore les empêcher de se déplacer efficacement pour les bombarder depuis la terre. Mais c'est du feu grégeois que nous voulons ici parler. Si la formule est aujourd'hui perdue, bien que nous ayons certaines pistes, c'est une arme dont l'Empire romaint d'Orient s'est beaucoup servi lors de ses batailles navales. Le feu grégeois est spécifique à l'artisanat byzantin, bien que d'autres armes incendiaires furent employés par leurs ennemis arabes et turcs, et plus tard par les Mongols et les chinois. Si il y a peu de choses à en dire tant nous manquons d'informations sur sa composition, on sait que son utilisation était assez courante, et qu'il n'était pas seulement utilisé lors des batailles navales, mais également lors des sièges, notamment ceux que firent subir à Constantinople les arabes, et qui permit à cette ville, de sa reconstruction par Constantin jusqu'au sac de la ville par les Croisés en 1204 soit presque un millénaire, de n'être jamais prise par des étrangers (le feu grégeois ne fut pas évidemment le seul facteur faisant de cette ville une forteresse inexpugnable).

 

À venir dans la suite de cet article : la Renaissance, les grandes explorations, les colonisations, les flottes du XXe siècle, les sports nautiques et la marine contemporaine

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